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Un monde en soi(e) - Une exposition proposée par le Silk me Back pour Silk in Lyon 2020

À l’occasion de la réunion du réseau Silky Cities, qui a eu lieu le 20 novembre dernier sous forme d’un événement augmenté, Isabelle Moulin, directrice artistique du SILK ME BACK a présenté son exposition « Un monde en soie » à travers une visite virtuelle.

L’exposition, qui devait se tenir au Palais de la Bourse durant le festival de la soie Silk in Lyon, a finalement été installée à l’Usine Tase, à Vaulx-en-Velin.

Présentée virtuellement – dans le cadre du réseau des Villes et Métropoles de la Soie –  à une quarantaine de participants internationaux venus du Brésil, de Chine, d’Espagne, d’Italie, de France, de Georgie, du Japon et d’Ouzbékistan, l’ensemble de la présentation a été faite en anglais. Vous n’êtes pas bilingues ? Pas d’inquiétudes ! Profitez des images et apprenez en plus ci-dessous :

L’exposition illustre les 8 pays faisant actuellement partie du réseau Silky Cities et propose au grand public de mieux comprendre les liens et les inspirations réciproques qui les unissent. Ce qui relie ces 8 pays, c’est bien évidemment la soie, une identité commune, inscrite dans la carte ADN des villes ici représentées.

  • 01 CHINE : Hangzhou et Nanchong

Tout commence en Chine par la légende d’une princesse qui aurait fait tomber un cocon dans sa tasse de thé… Ville à l’honneur en 2018, Hangzhou a ouvert le bal des Silky Cities, rapidement rejoint pas Nanchong pour représenter la Chine.

La robe Qipao représente la silhouette archétypale chinoise. Plus qu’une arme de séduction massive, elle a su intégrer une coupe et une mise en volume qui lui sont étrangères : celles de l’Occident. Elle devient néanmoins l’icône même de la silhouette chinoise dans nos imaginaires occidentaux.  En assimilant les formes occidentales, la Qipao, comme une seconde peau, épouse plus étroitement le corps dont elle révèle les courbes jusque là cachées par la coupe à plat chinoise.

 

  • 02 JAPON : Kyoto et Yokohama

Le Japon est le second pays à avoir été mis à l’honneur durant Silk in Lyon avec la ville de Kyoto en 2019.

Le kimono a été créé à cette occasion pour l’installation au Musée des Tissus. Il rend hommage aux rouleaux recréés par Maître Itarô Yamaguchi, tisseur de Kyoto, d’après le Dit du Genji, monument de la littérature japonaise. La réalisation de ce chef d’oeuvre conjugue arts et techniques traditionnels et aussi hybridation avec une haute technicité occidentale : la mécanique Jacquard (considérée comme l’ancêtre du 1.0 et de l’ordinateur). Ce trésor a été offert au Musée National de Arts Asiatiques – Guimet pour remercier la France d’avoir introduit les métiers Jacquard à Kyoto, offrant à la ville un véritable renouveau de son industrie textile.

 

  • 03 GEORGIE : Tbilissi

Pour parvenir jusqu’à l’Occident, la soie a initié ce qui est devenu le modèle de notre mondialisation actuelle, la route de la soie, traversant le bloc continental eurasien.

Ces étapes au noms mythiques ont su bercer notre imaginaire telle que Tbilissi en Géorgie. Entre Caucase et Mer noire, on raconte que c’est ici, en Colchide que Jason serait venu chercher la Toison d’Or. L’or y abonde dans les rivières gorgées de pépites. On y trempait des peaux de bélier pour les récupérer ensuite constellées de poussière du métal précieux. Citée par Marco Polo, Tbilissi devint une étape incontournable de la route de la soie. Pour nous, la Georgie c’est cette silhouette épurée des manteaux Tchocka devenus uniformes dont on pourrait imaginer que les cartouchières contiendraient non pas de la poudre à canon mais de la poudre d’or.

 

  • 04 OUZBÉKISTAN : Samarkand et Bukhara

Autre étape de la route de la soie, l’Ouzbékistan.
Samarkand, quel mot puissamment évocateur ! Samarkand, c’est la couleur bleue, celle de ces coupoles, ce bleu mythique que l’on ne parviendrait plus à reproduire, subtile alchimie d’oxyde de cuivre…
Bukhara, oasis fortuné aux 50 bazars et 75 caravansérails mais aussi perle de l’Islam… l’Ouzbékistan évoque à la fois les confins désertiques et les rituels textiles archaïques de tribus nomades mais aussi une culture luxuriante. Une culture subtile qui aurait initié la mise au point de cette méthode de tissage si sophistiquée : l’ikat, qui a su peut-être inspirer le fameux « chiné à la branche » lyonnais du 18e siècle. On raconte que les ouzbeks choisissaient le taffetas de leurs caftans en fonction du crissement sonore qu’il produisait quand on le froissait…

 

  • 05 ITALIE : Côme

La première porte européenne de cette route de la soie fut l’Italie, plus particulièrement Venise. Avec la flamboyance de la Renaissance, c’est l’apogée de l’âge d’or italien. Toutes les cours européennes se saignent aux quatre veines pour se parer de cette soie dont elles raffolent et dont l’Italie garde précieusement le monopole. François 1er pensera même faire de Lyon sa capitale pour se rapprocher de l’Italie… Côme devient la capitale de la soie au 19e siècle.

C’est ici que se trouve l’encyclopédie et prestigieuse Fondation Ratti dont les fonds textiles sont une inépuisable source d’inspiration pour les créateurs d’aujourd’hui.

 

  • 06 FRANCE : Lyon

La France va peu à peu devenir autonome pour la production de sa propre soie… François 1er offre à Lyon les privilèges nécessaires pour que la ville devienne le terminus occidental de la route de la soie. Henri IV ordonne à Olivier de Serres la plantation de milliers de mûriers, dont les feuilles sont la seule nourriture des vers à soie, dans tous les régions aux alentours de Lyon. Colbert y installe La Grande Fabrique afin de doter la ville d’une structure économique suffisamment forte pour en faire la capitale soyeuse française. La recherche et le développement réinterrogent constamment les savoir-faire et les procédés.

Au 19e siècle, à l’aube de la Révolution Industrielle, c’est ici qu’a été mis au point ce qui a été désigné comme l’instrument fondateur de cette révolution : le métier Jacquard. Il s’exportera aux quatre coins du monde… les cartes perforées sont les ancêtres du 1.0 de nos ordinateurs et ce n’est pas par hasard si Google a nommé son programme de recherche sur les textiles connectés : Jacquard…

 

  • 07 ESPAGNE : Valence

Mais la route de la soie ne s’arrête pas à Lyon et se déploie toujours plus vers l’ouest… Escale intermédiaire de ce déploiement : l’Espagne. Valence et sa Loge de la soie est l’épicentre de la soie espagnole, arrivée jusqu’ici initialement grâce aux musulmans…Valence, c’est cette moire si réputée mise au point par Joaquin Manuel Fos, érudit soyeux qui aurait introduit ce procédé au 18e siècle après avoir étudié… à Lyon!

L’Espagne, ce sont ces somptueux et profonds noirs des portraits de Vélasquez, ce noir si difficile à obtenir en teinture et par des procédés si couteux qu’il est considéré comme le luxe absolu. C’est l’oeuvre au noir de Balenciaga, « le roi » selon ses paires. Cette silhouette lui rend hommage.

 

  • 08 BRÉSIL : Bastos

Aujourd’hui, la route de la soie se prolonge jusqu’au Brésil. L’introduction de la soie y revêt presque un caractère un peu secret… Peut-être s’origine-t-elle sur l’arrivée massive d’une communauté italienne vers 1870 dans la région de Sao Paulo qui se serait conjuguée ensuite avec l’installation à partir de 1910 d’une diaspora japonaise, devenue la seconde communauté nippone au monde en dehors de son archipel d’origine ? L’excellence japonaise dans le domaine de la sériciculture sut trouver dans la région de Sao Paulo un climat propice permettant de cultiver toute l’année les mûriers.

Ces apports éclectiques ont su contribuer à la mise au point d’une production d’excellence sachant répondre au très haut niveau d’exigence des grandes enseignes de luxe d’aujourd’hui… et permettant que la route de la soie se déroule à présent bel et bien jusqu’au Brésil.

 

La soie, une fois de plus et ceci, même en ces temps confinés, montre à quel point elle sait rester le plus sur transport, le sur vecteur de notre imaginaire et de notre création, mais aussi un lien fort qui nous unit à travers le temps et les frontières.

Cette exposition présente une partie de la collection textile du Silk me Back.
Ces modèles ont été créés par Isabelle Moulin, directrice artistique du Silk me Back.